




Deux noms émergèrent
nettement de lensemble des réponses du
premier scrutin du jury France Football: ceux de lAnglais
Stanley Matthews et du néo-Espagnol (ex-Argentin)
Alfredo Di Stefano. Le premier était, à
41 ans, le footballeur numéro 1 dune équipe
dAngleterre invaincue en 1956 ; le deuxième,
à 30 ans, avait permis au Real Madrid denlever
la première Coupe dEurope des clubs. Matthews
fut cité par 12 journalistes sur 16 (six fois
en premier) ; Di Stefano par 11 journalistes (cinq
fois en premier). Lailier droit anglais lemporta
finalement de justesse sur lavant-centre espagnol :
47 points à 44, et sadjugea ainsi le premier
Ballon dOr européen de lhistoire.
Derrière ce fameux tandem, on trouva un autre
duo presque inséparable : Kopa-Puskas. Le
Français apparut dans 12 listes sur 16 (autant
que Matthews), mais il ne se retrouva quune seule
fois en première position. Il devança
dun tout petit point le légendaire Hongrois. |
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| LE « CHARLIE CHAPLIN » DU FOOTBALL | ||||||||||
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Nul joueur nest plus modeste.
Il se dérobe aux marques dadmiration, aux
applaudissements de la foule et même de ses camarades
de léquipe nationale. Le soir du match
Angleterre-Brésil (4-2), en mai dernier, il fut
fêté, à la fin du banquet, comme
jamais un footballeur na été célébré,
par les officiels de la Football Association, par les
joueurs des deux équipes indistinctement, par
les invités des pays étrangers. Pour sa part, il est tout immobilité
ou tout vitesse, tout hésitation et incertitude
ou tout décision ; il fait des feintes,
engage les autres sans sengager lui-même,
les oblige à se découvrir, tandis que
lui reste secret. Il tend des pièges : il
est piège lui-même et lopposant ne
sait plus ce quil doit faire et ne pas faire.
Ce nest pas larrière qui sélance
sur lattaquant : cest lattaquant
qui sélance sur larrière et
celui-ci, par un paradoxe extraordinaire, fait tout
à coup figure dattaqué, et il se
trouve obligé de se défendre. Si ladversaire
se méfie et reste sur ses gardes, Matthews pousse
la provocation jusquà paraître lui
mettre dans les pieds une balle quil subtilise
au dernier instant ; ou jusquà passer,
dans le dribble, et afin de mieux tromper, une épaule
quil dérobe finalement pour tracer son
chemin dautre part du rival.
Mais le rire éclate surtout,
énorme, homérique, devant lattitude
de lopposant. Larrière est tellement
stupéfié, médusé ou abusé
par les tours de passe-passe que le résultat
est identique, soit quil démarre sur place,
soit quil se détende : il néchappe
pas au ridicule ; il lâche chaque fois la
proie pour lombre ; il part dun côté
et Matthews de lautre ; il est déséquilibré
et tombe sans avoir été touché ;
ses gestes sont comiques et grotesques ; il est
une caricature du joueur de football et sa participation
au match tourne à la farce, pour la plus franche
hilarité des spectateurs. GABRIEL HANOT
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