





Hormis Stanley Matthews, éblouissant soliste, tous les lauréats du Ballon d'Or étaient des Latins, dont était primés autant la prodigieuse habileté individuelle que le sens du jeu. En Masopust, « héros » de la Coupe du monde 1962 et premier joueur de l'Est à être honoré, c'est le « collectif » qui prit le pas sur les individualités. Son nom « parlait » beaucoup moins aux oreilles de la foule que celui de Puskas ou de Sivori, par exemple, et il fut, incontestablement, le lauréat des techniciens. Que les journalistes européens aient couronné ce type de joueur, capable de « jouer du violon, mais aussi de faire la vaisselle », cela était nouveau et significatif. Car tous les lauréats précédents étaient des attaquants et presque tous, comme Di Stefano, Suarez et Sivori, des marqueurs de buts. Il n'était pas mauvais que soient récompensés aussi les travailleurs plus obscurs, les constructeurs, les moteurs. Il était assez juste, également, que l'année où se déroula la compétition mondiale, le Ballon d'Or gratifia une des figures de cette compétition, comme l'avait été Kopa en 1958. Le dauphin de Masopust, à l'inverse, fut un de ces solistes admirables : Eusebio, qui, à vingt ans, était le seul joueur européen dont on pouvait esquisser un parallèle avec Pelé sans craindre le ridicule. Schnellinger et Sekularac, respectivement troisième et quatrième, durent leur place d'honneur au Mondial chilien. Remarquons toutefois qu'avec 33 et 26 points ils furent nettement distancés par Masopust (cité neuf fois à la première place, trois fois à la deuxième) et Eusebio (quatre fois premier, cinq fois deuxième). |
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| UNE OMNIPRÉSENCE DISCRÈTE | ||||||||||
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Sa technique de prise, de conduite et de transmission de balle est exemplaire, que ce soit pour les travaux de base à partir de la récupération du ballon de défense, ou pour l'approvisionnement des avants de pointe, ou encore pour l'approche et la menace du but adverse. Qui a pu oublier le magnifique appel de passe en profondeur réussi par Masopust dès le début de la finale de la Coupe du monde à Santiago, contre le Brésil ? Appel qui fut entendu, écouté même, par l'ailier tchécoslovaque Pospichal. Pour terminer son action, Masopust déclencha au moment opportun le tir qui trompa Gilmar. Il est fréquent que Masopust cherche à
pousser aussi loin l'aventure. Pourtant, il reste essentiellement
un joueur de milieu de terrain. En équipe nationale
comme dans son club, le Dukla Prague, il se signale
surtout par une présence constante, vigilante,
devant l'assaut adverse comme au départ des attaques
tchécoslovaques.
C'est là sans doute la limite de Masopust en particulier, et du football tchéco- slovaque en général (celui-ci étouffant les possibilités de celui-là). Car Masopust est taillé pour réaliser d'autres exploits. Il lui suffirait pour cela de croire un peu plus en sa valeur individuelle et d'affirmer sa personnalité comme il le fit, par exemple, le 17 juin à Santiago, à la 15e minute.
JEAN-PHILIPPE RÉTHACKER
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