


Pour sa douzième édition, le palmarès
du Ballon d'Or européen France Football intronisa
un onzième joueur qui situait le footballeur
au sens le plus profond du terme : Florian Albert, couronné
à une large majorité. De la race des seigneurs
d'Europe centrale, des Bozsik, Puskas et Hidegkuti qui
étaient ses idoles, le maître à
jouer de Ferencvaros et de la Hongrie fut propulsé
huit fois à la première place, contre
quatre fois à son principal concurrent, Bobby
Charlton, lauréat en 1966. Celui-ci dut défendre
âprement sa deuxième place, disputée
par l'une des révélations de l'année,
Jimmy Johnstone, vainqueur de la Coupe d'Europe des
clubs champions avec le surprenant et séduisant
Celtic. Franz Beckenbauer n'était pas si loin
non plus, de même qu'Eusebio qui conservait un
rang flatteur que ses états de service de buteur
justifiaient. Deuxième représentant des
pays d'Europe de l'Est à figurer au palmarès,
Florian Albert suivait ainsi la voie tracée par
Josef Masopust en 1962. |
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| INTELLIGENT, ÉLÉGANT, RACÉ | ||||||||||
Mais, au coup de sifflet final, tout était oublié ; un homme venait d'éclipser les champions du monde et, par la même occasion, de compromettre leurs chances de qualification : Florian Albert. Rarement nous fut-il donné d'assister, au cours de vingt ans de carrière, à une exhibition aussi éclatante par sa plénitude que celle du Hongrois. Car ce n'est pas seulement par lui-même qu'Albert fut exceptionnel, mais plus encore peut-être par son action sur ses partenaires, qu'il transcenda véritablement. J'ai encore dans les yeux - et je l'aurai toujours - ce troisième but qui ruina tous les espoirs des Brésiliens et qui eut Albert pour origine dont la course rectiligne ne fut pas le moins du monde modifiée par les obstacles humains dressés devant lui.
C'était sublime et les Brésiliens, comme frappés de stupeur, regagnèrent le centre du terrain la tête basse. Ils avaient compris que, ce jour-là, rien ni personne ne résisteraient à Albert. Ce fameux but triangulaire et collectif (Albert, Bene, Farkas), extraordinaire dans son élaboration comme dans son exécution, demeura « anthologique », comme ne cessait de me répéter un confrère brésilien. En fait, il était, ce but, comme le symbole de son héros : intelligent, élégant, racé. En occupant une position très en retrait, Albert avait en quelque sorte perpétué la tradition de ses illustres aînés : Sarosi et Hidegkuti. Tant il est vrai qu'un chef d'orchestre se tient toujours en retrait des exécutants. Ce jour-là, ils avaient du talent, et leur chef, du génie.Ce match pouvait s'assimiler à une symphonie ou à une grande fresque. Mais la signature ne pouvait comporter que les six lettres d'un prénom français : Albert. ROBERT VERGNE (France Football numéro 1 137, 26 décembre 1967)
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