



Beaucoup de très grands footballeurs européens
s'étaient manifestés en cette année
1970, et il n'était pas facile de les classer,
car aucun d'eux ne se dégageait véritablement.
Mais il sembla logique au jury de France Football de
les départager en fin de compte grâce aux
enseignements de la Coupe du monde au Mexique. Réflexion
faite, Gerd Müller se détacha, lui l'héritier
de la grande tradition des tireurs d'élite, le
guerrier indestructible dans une jungle où tous
les moyens étaient souvent employés pour
les stopper. Il mérita la première place
pour son efficacité en toutes circonstances (au
Mondial, malgré les Brésiliens, et Soulier
d'Or pour la saison 1969-70), mais elle lui fut vivement
contestée par Bobby Moore, capitaine de la sélection
anglaise, qui se classa en pole position à six
reprises (contre huit à Müller) dans le
vote des jurés. Néanmoins, le buteur du
Bayern Munich garda toujours une longueur d'avance et
son succès final fut d'autant plus méritoire
qu'il se heurta à une forme de « dispersion
» de la reconnaissance allemande avec la concurrence
de ses camarades Overath (trois fois premier), Beckenbauer
(deux fois premier) et Seeler (une fois premier). Enfin,
Riva se glissa dans le trio de tête et récupéra
sur son nom tout le crédit accordé à
une Squadra Azzurra qui tint un moment le Brésil
en respect, en finale au stade Aztèque de Mexico,
avant de craquer. |
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| UN PETIT AIR DE JUST FONTAINE | ||||||||||
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Gerd Müller aura mis un sacré bout de temps à sortir de l'ombre d'Uwe Seeler et à détrôner celui qui reste encore pourtant, dans le cour de beaucoup d'Allemands, le footballeur numéro un de la République fédérale. Il aura fallu pour cela que l'année 1970 lui offre trois couronnes merveilleuses de marqueur de buts.
Ce qui frappe d'abord et avant tout lorsqu'on le regarde, ce sont ses cuisses énormes, épaisses comme des troncs d'arbre, puissantes comme des béliers d'assaut. La première caractéristique technique du Ballon d'Or 1970 est d'ailleurs de tenir debout de façon quasi indéracinable, quels que soient les charges et les dangers. Cette force de jambes et aussi le point très bas de son centre de gravité lui permettent, sans doute, de conserver plus souvent et plus longtemps son équilibre que l'adversaire, de toucher le ballon plus tôt ou plus sûrement, de frapper plus fréquemment en appui. Müller est ainsi capable de tirer au but dans toutes les positions, sous tous les angles, du pied droit comme du pied gauche ou de la tête, à longue distance ou à bout portant.Sous une apparence lourde et pataude, il cache cependant une vivacité de gestes qui surprend très souvent ses rivaux. Sa frappe de balle, elle-même, est plus spontanée qu'accompagnée, plus vive et sèche que puissante et pesante. Son sens du but et du cadre rend, d'autre part, dangereuses toutes ses tentatives. Son jeu collectif, enfin, est très aiguisé pour un finisseur. Il sait fort bien se servir de ses partenaires pour les assauts qu'il entend mener ou les prises de position qu'il veut trouver.
Sans demeurer constamment à la pointe du combat, il excelle à y réapparaître toujours au moment précis. Car il est mobile et instinctif. En fait, par son style et son allure de footballeur un peu pesant et enveloppé, par son intelligence de jeu, par son flair et son opportunisme, Gerd Müller n'est pas sans nous rappeler Just Fontaine, dont le record en Coupe du monde (13 buts) hante désormais les nuits du canonnier munichois.
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