



Et voici Johan Cruyff Ballon d'Or pour la deuxième
fois. Un seul footballeur avant lui avait accompli cette
prouesse : Alfredo Di Stefano. Cruyff a conquis son
titre 1973 avec une aisance dérisoire, obtenant
deux fois plus de suffrages que son dauphin Dino Zoff,
l'invincible gardien de la Squadra Azzurra. Car la grande
majorité des jurés ne manqua pas d'établir
une différence entre celui qui devait l'essentiel
de son invulnérabilité à l'implacable
organisation défensive des Italiens et celui
qui, de lui-même et partout où il se trouvait,
créait et inventait le danger. Toutes les raisons
de couronner l'avant-centre néerlandais étaient
réunies : le titre européen et national
de l'Ajax, la qualification des Pays-Bas en Coupe du
monde, le transfert record à Barcelone et l'ascension
fulgurante de l'équipe catalane en Championnat
depuis les débuts de Cruyff. On pourrait même
ajouter, comme critère a contrario, l'élimination
de la Coupe d'Europe de l'Ajax privé de son ténor.
Rarement, jamais peut-être, un homme n'avait marqué
à ce point le football européen de sa
griffe. Derrière lui, aucune hiérarchie
bien nette ne se distinguait. Zoff était le symbole
de cette Italie invaincue en 1973, mais dont on attendait
toujours vainement la métamorphose. Müller
et Beckenbauer étaient toujours là, mais
loin du sommet. Et pas d'Anglais dans les vingt premiers,
mais à la cinquième place, le petit Ecossais
de Leeds, Bremner, autre héros de cette période. |
||||||||||
| TOUJOURS PLUS HAUT | ||||||||||
Sa carrière a pourtant connu, au cours de cette période, pas mal d'incidents et de vicissitudes. Mais cela ne l'a pas empêché de démontrer une fois encore un talent inimitable. Et surtout une progression constante sur le plan technique. Lorsqu'on passe en revue les matches qu'il a pu jouer avec Ajax et avec l'équipe des Pays-Bas, on s'aperçoit au premier examen qu'il n'a que rarement eu une influence directe sur le succès final, marquant peu de buts et ne se signalant pas toujours par des actions individuelles d'éclat. Par exemple, devant la Juventus, en finale de Coupe d'Europe, c'est Rep qui décrocha la victoire alors qu'un an auparavant Cruyff avait fait la décision à lui seul.
Mais en poussant plus loin l'analyse, on se rend vite compte que le Cruyff 1973 a tenu un rôle au moins aussi important dans l'ombre de ses partenaires. Désormais serré de près, maltraité, rudoyé, blessé, il ne peut pas toujours placer le dribble ou le tir décisif. Mais il possède l'intelligence et la lucidité du joueur d'exception qui, en prenant de l'âge et de la notoriété, donc en attirant toute l'attention de l'adversaire sur lui, choisit sans hésiter de devenir un équipier et un meneur de jeu. Ainsi, Cruyff est-il aujourd'hui bien plus complet
qu'avant. Stefan Kovacs y est d'ailleurs pour beaucoup
qui lui a fait comprendre où étaient son
intérêt et son avenir, en le libérant
et en lui conseillant de bouger et de vagabonder sans
arrêt pour fuir la pointe du combat et pour prendre
plus fréquemment la direction des opérations.
Ainsi Cruyff s'est-il approché plus encore cette
année de son modèle Di Stefano qu'il va
essayer désormais de faire oublier en Espagne.
(.) Nous pensons que Johan Cruyff a fait la preuve
de son immense talent au cours de ces trois derniers
mois espagnols. Car la façon dont lui, le footballeur
d'école anglo-saxonne, s'est adapté sans
transition ni difficulté au jeu espagnol et à
son rythme, démontre sans discussion, sa classe
et sa richesse d'expression.
|