


En cette année 1986, Igor Belanov fut présent constamment sur tous les fronts. Il marqua de nombreux buts, gagna la Coupe des Coupes, brilla en Coupe du monde (trois buts contre la Belgique) et arracha le titre de champion d'URSS. Il ne fut, certes pas, tout seul à récolter tous ces lauriers, mais il ne vola pas sa part du jeu. Son Ballon d'Or, en fait, honora le jeu d'une équipe radieuse et inspirée, le Dynamo Kiev, conduite par un maître : Valeri Lobanovski. Il récompensa ceux qui cherchent et qui croient aux voies de l'inspiration. Il aurait tout aussi bien pu revenir à un autre joueur soviétique, Zavarov ou Yakovenko, ses coéquipiers en club, voire à Dassaev, son partenaire en sélection, tous les trois cités par le jury de France Football. Mais c'est Belanov qui profita à plein d'un tremplin qui n'appartenait pas qu'à lui seul. Si son succès fut net, Lineker et Butragueno exercèrent, néanmoins, une pression constante sur ses talons, et formèrent avec lui un trio d'attaquants de haute volée. De son côté, Platini, héros historique de ce vote depuis trois ans, dut se contenter d'une position repliée, avec trois citations et huit points. Une page de l'histoire du football et du Ballon d'Or était en train d'être tournée. |
||||||||||
| LE FURET SOVIÉTIQUE | ||||||||||
Le triomphe d'Igor Belanov, s'il est aussi celui d'une
sélection et d'un football soviétiques
qui ont causé une petite révolution technique
en 1986, est d'abord, à nos yeux, le succès
et la revanche d'une certaine race de joueurs d'attaque
qui semblait depuis plusieurs années en voie
de disparition. Succès que la présence
aux trois premières places de l'Anglais Lineker
et de l'Espagnol Butragueno ne fait que confirmer.
Tel est déjà esquissé le portrait d'un Ballon d'Or 1986 n'ayant en fin de compte avec Oleg Blokhine, son prédécesseur soviétique au palmarès et actuel coéquipier, qu'un seul point commun : être du Dynamo Kiev. Mais si l'ancien lauréat de France Football, rapide, perçant, volontiers individualiste, jouait en cavalier cosaque, Belanov serait plutôt du genre guérillero. Présent nulle part, mais présent partout. A travers la personnalité contrastée des deux footballeurs apparaissent nettement l'évolution et la transformation d'un jeu soviétique qui s'est enrichi collectivement à partir de l'affinement et de l'élargissement du bagage individuel de chacun de ses joueurs. Ne nous y trompons pas : si Belanov a finalement supplanté dans la course au Ballon d'Or son coéquipier Zavarov, c'est parce qu'il a laissé des traces plus indélébiles au palmarès des meilleurs buteurs de l'année. Naturellement rapide et résistant, il ne cesse d'être en mouvement, loin du but adverse, lorsque les manouvres offensives de son équipe s'enclenchent de l'arrière. Deux Belanov apparaissent alors : l'un pratiquant un jeu sans ballon, c'est-à-dire un travail de démarquage ou d'aimantation du stoppeur et des défenseurs adverses. L'autre Belanov utilise à merveille une technique simple, complète, sûre, efficace, pour des remises, des déviations et des recherches de une-deux.
Reste un Belanov chasseur de buts, qui dans la zone
des dix mètres adverses se montre tout aussi
complet et clairvoyant. Le premier poteau, c'est-à-dire
celui qui se trouve le plus proche de l'action et du
ballon, l'attire comme un aimant. Ses courses sont presque
systématiquement dirigées vers lui, soit
pour une tentative d'interception et de reprise du centre
ou de la passe, soit pour une collaboration indirecte
et un acte collectif. C'est celle d'Igor Belanov, le furet soviétique, dont la réussite aurait pu être celle d'un Bernard Lacombe, qu'il rappelle par sa polyvalence. Jean-Philippe Réthacker
|