



Cité vingt-huit fois à la première place, Hristo Stoitchkov domina la trente-neuvième édition du Ballon d'Or avec une aisance et une facilité déconcertantes, laissant son dauphin, Roberto Baggio, à une distance plus que respectable. En effet, 74 points séparèrent les deux stars de l'année ! Celui qui avait trébuché dans la dernière ligne droite, deux ans auparavant, au profit de Marco van Basten, lauréat en 1992, tenait enfin sa revanche, qu'il cherchait à obtenir depuis le soir fatidique où on lui apprit que le Néerlandais l'avait coiffé sur le fil. Champion d'Espagne, quatrième de la Coupe du monde avec six buts à son actif, l'attaquant bulgare avait, cette fois, du répondant face à une adversité quelque peu émiettée et finalement très dispersée au classement. L'été américain avait permis aux Italiens, aux Suédois, aux Allemands ou aux Roumains de se mettre en valeur, mais pas suffisamment pour contrer le roi Hristo Stoitchkov Ier , premier Ballon d'Or originaire de Bulgarie et cinquième joueur issu des pays d'Europe de l'Est à figurer au palmarès après Masopust (1962), Yachine (1963), Blokhine (1975) et Belanov (1986). |
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| UN PEU LE BALLON D'OR DE CRUYFF. | ||||||||||
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Stoitchkov est à l'image du football de maintenant. Humainement, ni fou ni sage. Seulement l'expression unique du spectacle total dans lequel le footballeur tient plus que sa part de footballeur. Ses mimiques, ses vraies-fausses agressions, ses gestes théâtraux, ses attitudes hautaines, avant qu'il ne redevienne un gosse ému parmi les gosses, font de lui un personnage extraordinaire que les loupes grossissantes des caméras de télévision ont su saisir avec talent. Ce n'est pourtant pas lui, l'acteur dérangeant,
qui est salué cette année. C'est le joueur.
Complet, fin ou rugueux, tacleur au ras du gazon ou
oiseau des surfaces, un joueur dribbleur impénitent
et exaspérant soliste, l'autre joueur passeur
génial, juste pendant du Brésilien Romario
sur toute la largeur de l'attaque du FC Barcelone dessinée
par Johan Cruyff.
Cruyff a su gérer l'homme et ses coups de gueule
de façon intransigeante, mais sans jamais freiner
sa liberté. Mieux encore, il a inscrit le joueur
le plus individualiste d'Europe dans le schéma
tactique et technique le plus collectif du Vieux Continent.
Celui du Barça qui, pour n'avoir pas gagné
la Ligue des champions cette année (il y avait
beaucoup trop d'huile dans les rouages milanais ce soir-là),
n'en reste pas moins un modèle à suivre
pour que le foot survive aux dépravations commises
sur certains tableaux noirs par de funestes destructeurs
de rêves. Le Ballon d'Or de Hristo Stoitchkov,
c'est un peu, aussi, le quatrième Ballon d'Or
de Johan Cruyff. François de Montvalon
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