



Dès l'entrée en vigueur du nouveau règlement du Ballon d'Or, ouvert à tous les joueurs évoluant sur le continent européen, sans aucune distinction de nationalité, le trophée est revenu à l'Africain George Weah. Pour une grande première, ce fut donc une réussite éclatante ! L'écart qui le sépara de son second, Jürgen Klinsmann (36 points), laissa clairement entendre qu'il n'y eut guère de match pour l'attribution du quarantième Ballon d'Or « nouvelle formule ». Quant aux poursuivants, ils n'eurent même pas voix au chapitre, ni Litmanen, ni Del Piero, ni Kluivert, qui se positionnèrent dans le quintet majeur, certes, mais sans aucun espoir d'accrocher une place dans le duo de tête. Cité vingt fois en première position (pour 49 jurés), Weah « écrasa » la concurrence avec une détermination et une autorité qui lui assurèrent une victoire confortable. Il profita tout à la fois de la baisse de régime passagère, voire du déclin, de quelques personnalités extrêmement fortes et. de ses propres coups d'éclat sous les maillots du Paris-SG et du Milan AC. Mais il n'est pas interdit de penser que, de façon inconsciente, l'esprit de la réforme ait pu aussi peser dans le verdict de quelques jurés. |
||||||||||
| L'EXTRATERRESTRE | ||||||||||
|
Pour être franc, il est actuellement le plus fort joueur de football du monde, d'un strict point de vue individuel. Il a toutes les qualités promises par son gabarit - puissance, vitesse, jeu de tête - et aucun des défauts qu'il pourrait entraîner : George est incroyablement vif, et ses longues jambes et son sens de l'équilibre, surprenant chez un attaquant aussi élancé, lui permettent de se sortir de dribbles qui paraissent parfaitement insolubles. Il est étonnant d'adresse dans un mouchoir de poche, grâce à une couverture de balle et une souplesse de cheville déroutantes pour l'adversaire. Si l'on ajoute qu'il frappe très fort quand il faut, on s'aperçoit qu'il ne lui manque pratiquement rien. Car c'est aussi un monstre de confiance en lui, et un modèle de décontraction, en parfait Africain pour qui le football reste un jeu, une occasion de tenter des choses difficiles, sans jamais se prendre la tête si on les rate. La pression semble ne pas l'atteindre. (.) Très individualiste lorsqu'il était en France, il s'est efforcé de jouer plus collectif à Milan, où la densité de cracks au centimètre carré permet de trouver encore plus de solutions. Et jusqu'à la fin novembre, il y est parvenu sans rien perdre de sa propension aux coups de génie dont il est coutumier, et qui n'ont pas manqué d'enthousiasmer les tifosi. C'est certainement ce début de Championnat italien très concluant qui lui vaut d'être aujourd'hui élu meilleur joueur d'Europe. Cependant, dans la constance et la motivation, le magnifique
champion libérien possède encore une certaine
marge de progression.
(.) Premier Ballon d'Or venu d'Afrique, George Weah
est entré dans l'histoire du football et il le
mérite, car c'est un footballeur d'exception.
La place qu'il prendra dans l'histoire du jeu, ce sont
les deux prochaines saisons qui en décideront.
Mais déjà, avant de se forger un vrai
palmarès international, il a su prouver, en quelques
semaines de Calcio, qu'il était bien de la lignée
des très grands. C'est la chance des champions
d'aujourd'hui, sans cesse placés sous la loupe
de la télévision et de ses gros plans. Jean-Jacques Vierne
|