



Une tradition répandue veut que, les années de Championnat d'Europe des nations, le Ballon d'Or parte à la rencontre du vainqueur de la compétition. Malheur à celui qui se trouve absent d'un pareil rendez-vous ou qui ne sait pas y tirer son épingle du jeu. Avant d'être couronné, Beckenbauer (1972 et 1976), Rummenigge (1980), Platini (1984), Van Basten (1988) avaient tous fait triompher leurs couleurs ou leur cause personnelle. Tel fut également le cas, en 1996, de Matthias Sammer. Vainqueur de l'Euro avec l'Allemagne, il en avait également été désigné comme le joueur numéro un. Son parcours fut encore riche d'un titre de champion d'Allemagne avec Dortmund. Bref, la quarante et unième édition du Ballon d'Or célébra un joueur bien sous tous rapports qui bénéficia de son appartenance à une grande nation de football. Toutefois, il ne l'emporta que d'un souffle face à la « bombe » Ronaldo, lequel fut tout près de ramasser la mise avec la vitesse qu'on lui connaît. Un an après l'Africain Weah, le Sud-Américain faillit bien profiter de la « mondialisation » du Ballon d'Or pour s'installer au sommet de la hiérarchie européenne. Entre Sammer et lui, il n'y avait que l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette et si le choix du jury se porta finalement sur le défenseur allemand (le second de l'histoire à être sacré après. son glorieux compatriote Franz Beckenbauer), la suite du « match » promettait beaucoup pour. 1997 ! |
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| LE GRAND PATRON | ||||||||||
En dehors de cette élégance qui n'appartenait qu'à Franz Beckenbauer, Matthias Sammer se rapproche beaucoup du Kaiser. Le plus doué des derniers Ossies (ressortissants de l'ex-RDA) est devenu un grand d'Europe. Il vient de gagner les deux dernières éditions de la Bundesliga avec Dortmund et il a mené l'Allemagne à la victoire dans l'Euro 96. Ce qui rapproche surtout Sammer du Kaiser, c'est sa faculté, depuis la position de libero qu'il a intégrée à son retour d'Italie en 1992, d'agir sur le destin d'un match, de le prendre à son compte, de le tenir dans le creux de sa main. Cette qualité réservée aux joueurs d'exception, et rarissime chez les défenseurs, le meilleur rouquin du monde l'a plusieurs fois démontrée à l'Euro. Lorsque l'Allemagne tanguait, qu'elle était en difficulté, qu'elle avait du mal à imposer sa méthode, il passait au milieu pour orienter le jeu, voire même en attaque pour faire la différence, et cela marchait.
Pour se permettre de telles audaces à ce niveau de la compétition, il faut un éventail de qualités hors du commun, et Sammer les possède. Formé à la rude école de l'Est, c'est-à-dire forcément au-dessus de tout soupçon sur le plan physique, il possède une technique à la fois fine et solide, comme les meilleurs joueurs allemands contemporains, et une parfaite intelligence du jeu. Il est l'un des derniers « uomo squadra », comme disent les Italiens, ce joueur indispensable dont la seule présence transcende ses partenaires et fait douter ses adversaires, à la façon de Platini, de Cruyff et de Beckenbauer autrefois. Comme le Kaiser, et malgré les vicissitudes de l'époque, il commet peu de fautes dans son rôle de défenseur, où il sait pourtant se montrer aussi intransigeant qu'il est besoin. Comme le Kaiser, il est arrivé au sommet alors qu'il occupait le poste de milieu de terrain, dans un registre à peine différent de son prédécesseur, un peu moins de brio et davantage encore d'entregent. Jean-Jacques Vierne
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