



Sans vouloir vexer ses concurrents, il n'y a pas eu de match pour l'attribution du quarante-deuxième Ballon d'Or France Football, tellement Luis Nazario de Lima, dit Ronaldo, son vainqueur, a plané de bout en bout sur le scrutin. La consultation a tourné au plébiscite. Trois autres tendances se dégageaient du scrutin 1997 : 1. Ronaldo fut le premier vainqueur brésilien du trophée. Après l'Afrique et Weah en 1995, année coïncidant avec sa « mondialisation », le Ballon d'Or prit, cette fois, le chemin de l'Amérique du Sud. 2. Le crack brésilien devenait également le vainqueur le plus jeune jamais distingué. Né le 22 septembre 1976, il accusait tout juste vingt et un ans. Le précédent recordman se nommait George Best, vingt-deux ans et des poussières (1968). Pour sa part, Eusebio comptait vingt-trois ans quand il décrocha le cocotier (1965). 3. Après une année de transition, où
le jury le confia à un défenseur, Matthias
Sammer en l'occurrence, Ronaldo récupéra
le bébé au nom de l'attaque et des attaquants.
La supériorité exprimée par Ronaldo
fut la plus nette, la plus large qui soit depuis 1956.
Deux cent vingt-deux points au compteur, cent cinquante
points d'avance sur le deuxième, c'était
de l'inédit. Vainqueur de la Copa America, de
la Coupe des Coupes, de la Coupe du Roi, meilleur buteur
de la Liga, objet du « transfert du siècle
» du FC Barcelone à l'Inter Milan (180
millions de francs), auteur de séquences de jeu
ou de gestes proprement fabuleux, très fair-play,
le Brésilien correspondait à merveille
aux exigences de la charte du Ballon d'Or même
si, pour certains jurés, la jeunesse peut toujours
patienter. |
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| LE FILS DE PELÉ | ||||||||||
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Comme ses deux aînés, Ronaldo a démontré une précocité exceptionnelle. Il a joué au niveau professionnel avant l'âge de seize ans. Par ses origines, son apparence physique, il s'apparente beaucoup plus à son compatriote qu'au crack argentin. Les comparaisons trop précises seraient cependant dangereuses, car le football a beaucoup changé et la carrière de Ronaldo commence, alors que l'on peut juger les deux autres sur l'ensemble de leur ouvre. Le nouveau Ballon d'Or n'a pas eu la chance de son compatriote, lancé par Feola au milieu de la Coupe du monde 1958 pour améliorer la force offensive d'un Brésil jusque-là poussif, et qui s'envola dès la constitution du duo d'attaquants centraux Vava-Pelé. Ronaldo était présent aux Etats-Unis, pour un Mondial où les Brésiliens, malgré leur victoire, auraient pu améliorer leur rendement. Mais c'était au milieu qu'ils avaient un petit problème. Devant, le tandem Bebeto-Romario tournait dans l'huile. Avant d'exploser à Barcelone puis à l'Inter, Ronaldo s'est rodé aux Pays-Bas, dans un Championnat moins relevé, mais au sein d'une bonne équipe, celle du PSV Eindhoven. Avec ce bagage, en tout cas, il explosa en quelques semaines dans le médiatisé Championnat espagnol. Comme Pelé, Ronaldo est un joueur futuriste. Son atout, c'est sa vitesse. Vitesse de course, mais aussi de pensée et de décision dans ses dribbles, ses crochets, ses changements de direction. Une fois qu'il s'est retourné et qu'il a réussi à se lancer, il pose un problème pratiquement insoluble à la défense. Il en a toujours sous le pied, comme s'il disposait d'un booster, et sa tonicité musculaire, son équilibre lui assurent un énorme pourcentage de contres favorables face à des rivaux souvent en déséquilibre. Il y a une filiation évidente entre les buts de Ronaldo après des raids de 40 ou 50 mètres dans les défenses espagnoles, ceux de Pelé qu'on put admirer en exergue d'un film réalisé il y a un quart de siècle et intitulé les Géants du Brésil, ou ceux de Maradona contre l'Angleterre et la Belgique lors du Mundial de 1986.
Jean-Jacques Vierne
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